Après Sommet mondial de la santé à Berlin : quelques réflexions sur l’avenir de la médecine
28 Octobre 2009

A quoi ressemblera la médecine du futur ? C'est une des questions qui a fait l'objet de débats lors du Sommet mondial de la santé du 15 au 18 octobre 2009 à Berlin [1]. La réponse sur laquelle reposent le plus d'espoirs est la médecine personnalisée. "Chaque patient doit recevoir la thérapie la plus efficace pour lui - avec le moins d'effets secondaires possible", a déclaré à ce sujet Cornelia Quennet-Thielen, Secrétaire d'Etat au Ministère de la recherche.
Aujourd'hui déjà, de nombreuses tumeurs sont analysées au niveau de certains marqueurs génétiques afin d'adapter la thérapie en conséquence. De la même façon, la tolérance pour des médicaments spécifiques peut parfois être déterminée par l'analyse génétique de certains patients. D'où l'espoir qu'il existe bientôt des thérapies "sur mesure" pour chaque individu.
Selon Elias Zerhouni, ancien Directeur des Instituts nationaux pour la santé aux Etats-Unis (NIH), la médecine personnalisée concerne aussi la prévention. Il appelle à un changement de paradigme concernant les systèmes de santé actuels qu'il décrit comme des "systèmes de maladie" : il s'agirait de ne plus attendre qu'un patient consulte un médecin pour traiter sa maladie à un stade souvent trop tardif, mais d'intervenir plus tôt en identifiant les facteurs génétiques qui augmentent le risque de maladies spécifiques. D'après lui, la médecine personnalisée ne serait pas une option, mais bien une nécessité.
Mais cet avis n'est pas partagé par tous. Sir Richard Peto, statisticien en médecine à Oxford, soutient que la médecine personnalisée ne permettrait de progresser que sur des détails : comprendre par exemple comment tel patient assimile tel médicament et expliquer ainsi l'origine de certains effets secondaires. Selon lui, le hasard aurait un rôle non négligeable dans le succès d'une thérapie, et vouloir caractériser au niveau moléculaire l'efficacité de thérapies en fonction du profil des patients n'a aucun sens. Il recommande par contre d'agir au niveau de grands problèmes identifiés : le sida, le tabac, l'alcool et l'obésité. Sir Richard Peto ajoute que pour cela "les gouvernements devraient taxer davantage les cigarettes et l'alcool, et interdire toute publicité pour ces types de produits". De même, la lutte contre le sida devrait être renforcée, et les médicaments efficaces devraient être rendus accessibles au monde entier le plus rapidement possible.
Enfin, deux autres grands messages concernant la médecine du futur ont été cités lors du Sommet mondial de la santé. Les scientifiques ont d'une part appelé à une simplification de la réglementation. En effet, selon eux, les directives européennes trop lourdes sur les études cliniques et l'expérimentation animale freinent les efforts de recherche. D'autre part, l'éducation pourrait jouer un rôle décisif sur la santé mondiale. Des connaissances médicales de base et plus particulièrement des règles élémentaires garantissant une vie saine devraient être enseignées dans les maternelles, les écoles et les universités.
- [1] Autre bulletin électronique sur le sujet : "Scientifiques et hommes politiques se réuniront à Berlin à l'occasion du Sommet mondial pour la santé" - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/60224.htm
Source : Tagesspiegel – 19/10/2009
Rédaction : Léna Prochnow, lena.prochnow@diplomatie.gouv.fr