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Publication de l’édition 2014 du rapport de la Commission d’experts pour la recherche et l’innovation (EFI)

Le 26 février, la Commission d’experts pour la recherche et l’innovation (Expertenkommission Forschung und Innovation, EFI) a remis l’édition 2014 de son rapport annuel à la Chancelière allemande, Angela Merkel, et à la Ministre fédérale de l’enseignement et de la recherche, Johanna Wanka.

Installée en août 2006 à l’initiative du gouvernement fédéral et composée de 6 enseignants-chercheurs spécialistes de l’économie de l’innovation, la commission EFI a pour mission d’analyser la performance du système de recherche et d’innovation allemand et d’émettre des recommandations aux autorités allemandes sur les questions de la recherche et de l’innovation. A cet égard, elle publie chaque année un “Rapport sur la recherche, l’innovation et la capacité technologique en Allemagne”. Ce document présente les derniers développements et les principales tendances de la recherche en Allemagne, et donne des recommandations visant à renforcer la position de la République fédérale dans ce domaine.


Le 26 février, la Commission d’experts pour la recherche et l’innovation (Expertenkommission Forschung und Innovation, EFI) a remis l’édition 2014 de son rapport annuel à la Chancelière allemande, Angela Merkel, et à la Ministre fédérale de l’enseignement et de la recherche, Johanna Wanka.

Installée en août 2006 à l’initiative du gouvernement fédéral et composée de 6 enseignants-chercheurs spécialistes de l’économie de l’innovation, la commission EFI a pour mission d’analyser la performance du système de recherche et d’innovation allemand et d’émettre des recommandations aux autorités allemandes sur les questions de la recherche et de l’innovation. A cet égard, elle publie chaque année un “Rapport sur la recherche, l’innovation et la capacité technologique en Allemagne”. Ce document présente les derniers développements et les principales tendances de la recherche en Allemagne, et donne des recommandations visant à renforcer la position de la République fédérale dans ce domaine.

 
Recommandations liminaires

Si la commission EFI approuve certaines mesures, telles que le renforcement du soutien aux start-ups, inscrites dans le contrat de coalition du nouveau gouvernement fédéral entré en fonctions en décembre 2013, ses membres expriment leur inquiétude devant le risque de voir les investissements en faveur de la recherche stagner ou diminuer. La Commission pointe également les insuffisances du contrat de coalition gouvernementale, dont le texte n’a pas repris certaines des mesures phares avancées par chacun des deux partis au cours de la campagne. Il cite notamment la question de la répartition des compétences entre Lander et l’Etat fédéral , ou encore l’absence d’incitations fiscales pour la R&D.

La Commission suggère en outre la mise en place de mesures permettant de poursuivre et renforcer les résultats des réformes lancées précédemment (Pacte pour l’enseignement supérieur, Initiative d’excellence, Pacte pour la recherche et l’innovation). Elle propose par exemple de systématiser l’évaluation des politiques d’innovation, afin de les améliorer, et d’optimiser les ressources qui leurs sont allouées. La commission EFI rappelle également l’atout que représente le modèle allemand d’apprentissage et de formation professionnelle dans le système d’innovation du pays, et la nécessité de le préserver.

Les experts enjoignent par ailleurs le gouvernement fédéral à accentuer le soutien en direction des technologies de pointe et des services à fort niveau de connaissance, afin de faire de l’Allemagne l’un des leaders mondiaux dans ces domaines. Ils déplorent en revanche qu’une part croissante de la R&D en haute technologie conduite par les entreprises allemandes soit réalisée à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et dans les pays émergents.

Enfin, la Commission s’est intéressée à deux thématiques faisant l’actualité en Allemagne, en l’occurrence l’électromobilité et la Loi sur les énergies renouvelables (EEG). Après avoir analysé les politiques conduites au niveau fédéral dans ces deux secteurs, les experts pointent le manque de résultats de certaines mesures déjà engagées, notamment concernant les énergies renouvelables. En effet, l’investissement dans ce secteur n’a, pour l’heure, pas permis de réduire significativement les émissions de CO2 de l’Allemagne, ni de stimuler de façon notable l’innovation dans le pays. En revanche, concernant l’électromobilité, les experts plaident pour une évaluation et une poursuite des programmes de R&D initiés, ainsi que pour des mesures visant à rapprocher la recherche dans cette branche de celle dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), afin de favoriser les synergies.

Les “thèmes-clés”

La partie centrale du rapport est consacrée à des “thèmes-clés”, correspondant à quatre à cinq thématiques sélectionnées par la Commission qui bénéficient d’un traitement approfondi. Cette année, la commission EFI a choisi de se concentrer sur quatre points, qui sont autant de défis pour la politique de recherche et d’innovation allemande au cours des prochaines années :
– La recherche médicale universitaire,
– La mobilité internationale des chercheurs,
– Les perspectives de développement des TIC en Allemagne,
– La place des femmes dans le domaine de la recherche.

A – La recherche médicale universitaire

La Commission constate la place croissante qu’occupera la recherche médicale dans les prochaines années. Ce domaine est appelé à devenir un important facteur d’innovation. Il convient alors pour l’Allemagne d’anticiper cette évolution, dont dépendent la qualité des soins et de la prise en charge des patients.

Les principales recommandations de l’EFI:
Conditionner la mise en place de nouveaux Centres de recherche en santé (DZG ) à l’évaluation des centres déjà existants.
– Renforcer les liens entre recherche fondamentale, recherche clinique et soins aux patients. Les rapprochements entre acteurs devront être encouragés.
– Concentrer davantage de moyens sur les sites les plus performants.
– Développer les Centres de coordination pour la recherche clinique (KKS) et les Centres d’études cliniques, outils pour l’amélioration de la qualité des études cliniques.
– Adopter une charte de conduite unique au sein des différents sites impliqués dans la recherche médicale, visant à prévenir les conflits d’intérêt lors de coopérations avec des entreprises privées.
– Initier un plan d’action commun entre Lander et Etat fédéral sur l’utilisation des données du Big Data dans la santé.
– Promouvoir la recherche médicale auprès des étudiants et au sein des universités.

B – La mobilité internationale des chercheurs

La Commission dresse un bilan mitigé de la mobilité des chercheurs en Allemagne. La République fédérale se situe dans la moyenne internationale concernant les mobilités entrante et sortante de scientifiques. Il convient donc d’après l’EFI d’inciter les chercheurs allemands à effectuer davantage de séjours à l’étranger. La Commission insiste particulièrement sur l’importance d’encourager ces scientifiques, et notamment les plus jeunes, à revenir en Allemagne à l’issue de leur période de mobilité. En parallèle, les experts suggèrent d’améliorer l’attractivité internationale de la République fédérale, afin de faire venir en Allemagne les meilleurs scientifiques mondiaux, susceptibles par leurs travaux de renforcer la recherche allemande.

Les principales recommandations de l’EFI:

Consolider le système de recherche allemand, et notamment son budget. La qualité des systèmes nationaux (infrastructures, possibilités de financement…) joue en effet un rôle majeur lors du choix de destination des chercheurs.
– Mettre en place des dispositifs visant à attirer et à faire s’installer les meilleurs talents internationaux, notamment les doctorants et post-doctorants.
– Développer des politiques incitant les scientifiques allemands expatriés au retour, ciblant notamment ceux travaillant dans les secteurs d’avenir, et procéder à une évaluation des dispositifs d’aide au retour existants.
– Faciliter la mobilité des scientifiques étrangers, à travers une politique de visas et une réglementation simplifiée pour les couples de chercheurs (“dual career”).

C – Les perspectives de développement des TIC en Allemagne

Les TIC jouent un rôle majeur dans le système d’innovation, du fait des ressources en recherche qu’elles mobilisent. De plus, du fait de leur caractère transversal, ces technologies sont à la croisée de différents secteurs clés de l’industrie allemande. La Commission appelle donc à faire du développement des TIC l’une des priorités de la République fédérale au cours des années à venir.

Les principales recommandations de l’EFI:

Dans le cadre de la préparation de “l’Agenda numérique”, les autorités allemandes devraient se concentrer sur un nombre restreint de technologies à soutenir, afin de promouvoir leur application. Ce choix devra s’effectuer en cohérence avec la Stratégie High Tech, ainsi qu’avec les priorités mises en avant par le programme européen Horizon 2020. Les premiers thèmes suggérés par la Commission sont les réseaux intelligents dans le secteur de la mobilité ou les TIC dans le domaine de la santé et de l’énergie.
– Soutenir la croissance des start-ups et PME innovantes, via notamment des dispositifs financiers et fiscaux d’incitation à la R&D. Ces structures sont créatrices de richesses, et souvent à la pointe de la recherche dans ce secteur.
– Encourager les entreprises et organismes de recherche allemands à se positionner lors de la définition des nouvelles normes et des standards technologiques mondiaux. La promotion d’une action coordonnée entre les acteurs et une politique de brevets volontariste peuvent être des atouts à cet égard.
– Le gouvernement fédéral devrait s’impliquer dans la création du cadre juridique européen relatif au Cloud computing.
– Evaluer les dispositifs de soutien aux TIC et à la recherche dans ce domaine, dans le but d’améliorer la compétitivité de ce secteur sur le long terme.

D – La place des femmes dans le milieu de la recherche

Les domaines de la recherche et de l’innovation en Allemagne souffrent d’une sous-représentation chronique des femmes. Ce phénomène s’observe dès les études, où la proportion de filles dans les disciplines scientifiques et techniques (mathématiques, informatique, sciences…) est habituellement plus faible, et cela se retrouve par la suite dans la R&D, où elles sont moins nombreuses que les hommes, particulièrement dans les postes à responsabilités.

Cette sous-représentation prive l’Allemagne d’un certain nombre de talents potentiels, notamment dans un contexte où le pays fait face à une pénurie de main d’oeuvre qualifiée et formée. De plus, favoriser une certaine diversité de profils dans les équipes de recherche ne peut être qu’un atout, permettant d’accroître la capacité d’innovation de la République fédérale.

Les principales recommandations de l’EFI:

Encourager les femmes et les jeunes filles à s’engager dans des carrières scientifiques.
– Faciliter la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Cela passe notamment par des systèmes de garde d’enfants sur les lieux de travail, ou par un développement de la scolarisation tout au long de la journée. Les réglementations, notamment fiscales, qui conduisent les femmes actives à quitter leurs carrières, seraient également à revoir.
– Poursuivre la politique d’introduction de quotas de genres dans les conseils de surveillance des entreprises cotées en bourse. La promotion de femmes à des postes de direction dans les structures publiques devra également être encouragée.

Les réactions à la publication du rapport

La publication du rapport de la commission EFI, qui représente l’un des temps fort de l’année scientifique en Allemagne, provoque chaque année un certain nombre de réactions.

Jürgen Mlynek, président de la Communauté des centres de recherche Helmholtz, un des quatre organismes de recherche extra-universitaire en Allemagne, a promptement réagi sur le bilan que dressent les experts au sujet de la mobilité internationale des chercheurs allemands. Il s’inscrit en faux contre le constat de la Commission, qu’il qualifie d’ “incomplet et inexact”. Au-delà d’une remise en cause des chiffres utilisés et présentés dans l’étude, J. Mlynek axe essentiellement sa critique sur le fait que la réputation et l’attractivité du système de recherche allemand ne sont plus à démontrer. Il indique que la République fédérale “réussit à attirer toujours plus et à garder les meilleurs chercheurs internationaux”, et qu’elle peut se targuer de rivaliser sur ce plan avec les champions mondiaux.

Le Ministère fédéral allemand de l’enseignement et de la recherche (BMBF) indique que les statistiques sur lesquelles s’est basée l’EFI concernent la période 1996-2011, au cours de laquelle l’Allemagne a effectivement connu une relative fuite des cerveaux. Selon le ministère, la situation s’est bien améliorée depuis, et, au cours de l’année 2011, le pays aurait accueilli plus de 32.000 chercheurs étrangers – un record selon le BMBF.

Le BMBF rappelle également l’ensemble des mesures adoptées depuis la fin des années 1990 pour favoriser l’attractivité scientifique de l’Allemagne (Initiative d’excellence, Pacte pour la recherche et l’innovation, Loi sur la liberté de la science…), et souligne également les efforts mis en place pour favoriser le retour de chercheurs allemands expatriés : Initiative “German Academic International Network” (GAIN) en direction des chercheurs allemands installés en Amérique du Nord ; Soutien aux chaires de la fondation Alexander von Humboldt ; Programme d’aide au retour de scientifiques allemands de l’Office allemand des échanges universitaires (DAAD).

Enfin, le DAAD a fait savoir par la voix de sa présidente, Margret Wintermantel, qu’il accueillait le rapport EFI comme “une confirmation de son travail”. L’organisme a cependant tenu à relativiser une partie des constats de la Commission, en rappelant que “les échanges de scientifiques au plan mondial ne représentent pas un jeu à somme nulle”. Il souligne par exemple que l’Allemagne profite indéniablement du travail de ses scientifiques expatriés, même lorsque ceux-ci ne prévoient pas de revenir immédiatement. Cela s’illustre, par exemple, par les contacts soutenus que ces derniers entretiennent avec leur pays d’origine, les coopérations qu’ils permettent de nouer avec des pays tiers, ou le fait qu’ils contribuent à faire rayonner la culture scientifique allemande à l’étranger.

 

Pour en savoir plus, contacts :

– La version intégrale du Rapport sur la recherche, l’innovation et la capacité technologique en Allemagne 2014 de l’EFI est consultable en ligne (en allemand, une version anglaise suivra à l’été) – http://www.e-fi.de/fileadmin/Gutachten_2014/EFI_Gutachten_2014.pdf
– Pour une synthèse du rapport 2012, voir “Rapport 2013 de la Commission d’experts pour la recherche et l’innovation”, BE Allemagne n°604 – 07/03/2014 – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/72454.htm

 

Sources :

– Participation du rédacteur à la conférence de présentation du rapport.
– “Mlynek kritisiert EFI-Gutachter”, communiqué de presse de la Communauté Helmholtz – 26/02/2014 – http://redirectix.bulletins-electroniques.com/3nLod
– “Deutschland ist attraktiv für Wissenschaftler aus aller Welt”, communiqué de presse du BMBF – 26/02/2014 – http://www.bmbf.de/press/3576.php
– “Deutschland braucht beim internationalen Wissenschaftleraustausch eine ausgeglichene Bilanz”, communiqué de presse du DAAD – 28/02/2014 – http://redirectix.bulletins-electroniques.com/jYGu2

 

Rédacteurs :

Kenny Abbey, kenny.abbey@diplomatie.gouv.fr – http://www.science-allemagne.fr