
L”Astrolabe”, navire polaire affrété par l’Institut Polaire Français (IPEV) et les Terres Australes Françaises (TAAF), est immobilisé, à quelques miles marins de la base Dumont d’Urville. Lors de la campagne estivale 2007/2008 de ravitaillement de la base, le navire a rencontré des conditions de navigation difficiles à l’approche du continent Antarctique. En effet, la présence de banquise jusque mi-janvier 2008, a ralenti les transferts de fret vers le continent. L’utilisation d’un l’hélicoptère est alors indispensable. © Erwan AMICE / CNRS Images, Laboratoire des sciences de l’environnement marin (CNRS / Ifremer / IRD / Univ Bretagne Occidentale EPE)
Au large des îles Kerguelen, dans l’océan Indien austral, le Marion Dufresne, navire français opéré par l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV), assure principalement des missions de ravitaillement et de soutien logistique au profit des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Conçu à l’origine comme navire ravitailleur, il est également équipé pour accueillir une instrumentation scientifique lourde, ce qui lui permet de mener régulièrement des campagnes de recherche océanographique.
À ce titre, le Marion Dufresne conduit des opérations de prélèvement d’eau et de sédiments marins, notamment à l’aide de carottiers capables d’extraire des archives sédimentaires profondes. Ces campagnes contribuent à documenter la dynamique physique et biogéochimique de l’océan Austral, une région clé du système climatique mondial.
La photographie illustre l’une de ces opérations réalisées dans le cadre du programme SWINGS – South West Indian Geotraces Section, un projet international porté par la communauté scientifique française et inscrit dans l’initiative mondiale GEOTRACES. Ce programme vise à étudier la circulation des éléments traces et des isotopes dans l’océan — c’est-à-dire des éléments chimiques présents à très faible concentration, mais essentiels pour comprendre les flux de nutriments, les échanges entre l’océan et les marges continentales, ainsi que les processus de régulation du climat. Les équipes scientifiques collectent des échantillons d’eau et de sédiments afin de mieux appréhender le rôle de l’océan Indien austral dans le fonctionnement de l’océan global.

Déploiement d’une rosette “Trace Metal Clean” à proximité de l’île Marion, dans l’archipel sud-africain du Prince-Edouard, afin de collecter des échantillons pour l’analyse des métaux traces. Cette couronne de bouteilles échantillonneurs Niskin est utilisée pour prélever l’eau à différents niveaux de profondeur. Les bouteilles sont descendues ouvertes et refermées aux profondeurs souhaitées, grâce au câble électroporteur qui relie la rosette au navire. Cette image a été réalisée dans le cadre de l’expédition océanographique SWINGS dans l’océan Austral. Son objectif est de mieux comprendre la séquestration du CO2 atmosphérique dans l’océan, en particulier la manière dont des éléments chimiques essentiels à ce stockage sont apportés, transportés et transformés par les océans. Elle s’inscrit dans le programme mondial Geotraces pour la construction d’un atlas chimique des océans. Trois programmes ont aussi embarqué à bord du Marion Dufresne : le service d’observation Oiso, qui évalue la part de CO2 issue des émissions anthropiques et l’acidification des eaux qui en résulte, Themisto qui étudie les écosystèmes de haute-mer et MAP-IO, qui effectue des mesures physiques de la distribution des aérosols et de gaz traces. UMR5566 Laboratoire d’Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiales ,UMR6539 Laboratoire des sciences de l’environnement
Ces campagnes, où se conjuguent logistique océanographique et instrumentation scientifique avancée, produisent des données qui alimentent de grands programmes internationaux d’observation et de modélisation. Elles illustrent la capacité des équipes françaises à opérer dans une zone où l’accès reste difficile et où les conditions météorologiques imposent des fenêtres d’intervention particulièrement contraintes.
C’est dans cette même région du globe que se déroule la grande expédition 2024–2025 du navire océanographique et brise-glace allemand Polarstern, permettant de mettre en parallèle les approches française et allemande de l’observation de l’océan Austral. Parti du port de Bremerhaven, le brise-glace de l’Alfred-Wegener-Institut (AWI) mène une campagne inscrite dans un programme de suivi à long terme de l’état physique, chimique et biologique de l’océan Austral.
À l’image du programme SWINGS, les opérations du Polarstern reposent sur un ensemble de mesures hydrologiques, biogéochimiques et géophysiques : température et salinité de la colonne d’eau, concentration en oxygène, distribution des nutriments ou encore carbone dissous. Grâce à sa capacité à naviguer dans les glaces de mer, le Polarstern accède à des zones inaccessibles aux navires non renforcés, complétant ainsi les observations réalisées plus au nord par les équipes françaises dans l’océan Indien austral.
Les deux dispositifs — les campagnes françaises menées depuis le Marion Dufresne et les expéditions récurrentes du Polarstern — répondent à un objectif commun : établir des séries d’observation durables dans une région où la contrainte logistique conditionne fortement la production scientifique. Les données recueillies alimentent des initiatives internationales telles que le Southern Ocean Observing System (SOOS), ainsi que les travaux de modélisation du climat global. Conformément aux principes de la recherche polaire, ces données sont mises à disposition de la communauté scientifique internationale selon des politiques d’accès ouvert.
La stratégie polaire allemande place le Polarstern au rang d’infrastructure scientifique majeure, au même titre que les avions de recherche Polar 5 et Polar 6 ou les stations terrestres de l’AWI. De manière comparable, la France s’appuie sur le Marion Dufresne et sur ses programmes de recherche pour maintenir une présence scientifique régulière et continue dans l’océan Austral.
Dans les deux cas, la logique est similaire : disposer d’un outil mobile capable de soutenir des opérations de longue durée, de transporter des équipements scientifiques lourds et de garantir la continuité des séries temporelles indispensables à la compréhension de l’évolution rapide de l’océan Austral.
Pour aller plus loin:
- L’AWI publie régulièrement des informations détaillées sur les expéditions du Polarstern, ainsi que des données scientifiques ouvertes issues de ses programmes de recherche.
Portail : https://follow-polarstern.awi.de - Le Programme antarctique allemand (Deutsches Antarktisprogramm) rassemble les priorités nationales en matière de recherche en Antarctique dans le cadre du Traité sur l’Antarctique et des coopérations internationales.
- Le bulletin Polar Watch, publié mensuellement par le think tank Le Cercle Polaire, propose des analyses en français et en anglais sur les enjeux polaires contemporains : climat, gouvernance, diplomatie scientifique, souveraineté et logistique.
Site : https://www.lecerclepolaire.com
Crédit Photo 1 : Erwan AMICE / CNRS Images
Laboratoire : Laboratoire des sciences de l’environnement marin (CNRS / Ifremer / IRD / Univ Bretagne Occidentale EPE)
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Crédit Photo 2: Corentin BAUDET / LEMAR / LEGOS / UBO / CNRS Images
Laboratoire: Laboratoire d’Etudes en Géophysique et Océanographie Spatiales (CNES / CNRS / IRD / Univ Toulouse EPE) + Laboratoire des sciences de l’environnement marin (CNRS / Ifremer / IRD / Univ Bretagne Occidentale EPE)
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Rédaction : SST Berlin, Julie Le Gall, Mathis Valla
Mise à jour : 10 décembre 2025
