Organisation de la recherche

Structure de la recherche et de la technologie

La politique de recherche et d’innovation allemande est définie par la Stratégie High Tech qu’a lancé le gouvernement fédéral en 2006 dans le but d’atteindre les objectifs de Lisbonne (3% du PIB consacrés à la R&D en 2010). Cette stratégie poursuit trois objectifs :

  • favoriser le transfert technologique,
  • lier la recherche institutionnelle et l’industrie
  • accroître la capacité d’innovation technologique, en particulier dans les secteurs d’avenir

Suite aux résultats positifs liés à sa mise en œuvre sur la période initiale 2006-2009 (renforcement des investissements en R&D par l’industrie de +19 % entre 2005 et 2009, augmentation du nombre de chercheurs dans l’industrie, taux pour les dépenses de R&D atteignant 2,7 % du PIB en 2008), le gouvernement fédéral a décidé la poursuite du programme stratégique pour les périodes 2010-2014 (« Stratégie High Tech 2020 ») et 2015-2020 (« Nouvelle Stratégie High-Tech »). L’objectif est de maintenir la mobilisation de tous les acteurs de la recherche allemande, publics comme privés, autour de thématiques stratégiques pour favoriser la mise au point de produits innovants et de maintenir la compétitivité allemande au niveau mondial.

Le Ministère fédéral de l’enseignement et de la recherche (Bundesministerium für Bildung und Forschung, BMBF) a retenu cinq grands champs thématiques qui doivent répondre aux enjeux de société : climat et énergie, santé et alimentation, mobilité, sécurité, et communication. Pour chacun de ces champs thématiques sont définies des lignes d’action précises :

  • programmes-cadres,
  • programmes de recherche nationaux,
  • projets d’avenir (Zukunftsprojekte).

Ils poursuivent des objectifs concrets de développement scientifique, technologique et sociétal et vont s’étaler sur des durées allant de 10 à 15 ans (cf. infra).

Malgré la crise et les mesures d’économie décidées en 2010 par le gouvernement allemand, le BMBF est un des rares ministères fédéraux à ne pas avoir subi de réductions budgétaires, de tel sorte que son budget a cru de +54% entre 2006 et 2011. La volonté du gouvernement de faire du soutien à l’innovation un axe prioritaire de sa politique, soutenue par une augmentation des dépenses de R&D des entreprises, a permis à l’Allemagne d’atteindre 2,85% du PIB dédiés à la R&D en 2013.

Organes de tutelle

La mise en œuvre de la stratégie allemande en faveur de la R&D et de l’innovation implique différents ministères fédéraux, la coordination revenant au BMBF. L’instance chargée de sa définition et de son pilotage est « l’Union de l’économie et de la science pour la recherche » (Forschungsunion Wirtschaft-Wissenschaft), commission d’experts composée de 25 personnalités issues du monde de la recherche et de l’entreprise, et rattachée d’un point de vue administratif au BMBF. A côté de la Forschungsunion, la Chancelière Angela Merkel réunit deux fois par an auprès d’elle un groupe d’experts pour aborder les questions de stratégie en matière d’innovation et de compétitivité, le « Dialogue pour l’innovation » (Innovationsdialog), dans lequel se retrouvent certains des membres de la Forschungsunion. L’Académie des technologies (acatech), officiellement créée en 2008, joue le rôle de coordinateur de ce Dialogue pour l’innovation.

Dans une Allemagne décentralisée, les Länder disposent de compétences élargies en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Il n’y a pas de répartition formelle des rôles (indépendance traditionnelle des Länder), plutôt une juxtaposition/superposition des programmes fédéraux et régionaux. La coordination Etat fédéral/Länder dans le domaine de la recherche s’effectue au sein de la Conférence scientifique commune (Gemeinsame Wissenschaftskonferenz – GWK), créée en 2008. Les membres de la GWK sont les ministres et sénateurs de l’Etat fédéral et des Länder responsables de la recherche et de la science ainsi que des ministres et sénateurs des finances. Celle-ci a pour mission de gérer toutes les questions communes de l’Etat fédéral et des Länder au sujet du financement de la recherche, des stratégies de politique scientifique, et du système de recherche dans son ensemble. Etat fédéral et Länder financent ensemble, dans les cas d’importance suprarégionale, les organismes et projets de recherche scientifique extra-universitaires, les projets de recherche universitaires, et les bâtiments universitaires, y compris les grandes infrastructures de recherche (voir aussi : http://www.science-allemagne.fr/fr/la-recherche-en-allemagne/lander).

 

Agences d’orientation ou de financement

L’Agence allemande de moyens pour la recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft, DFG) est le principal outil de soutien aux projets de la recherche universitaire en Allemagne. Des experts nationaux et internationaux établissent une sélection sur la base de l’excellence scientifique. Un objectif central de la DFG est la promotion des chercheurs les plus talentueux. Elle accorde de ce fait une grande importance au soutien aux jeunes chercheurs ainsi qu’à l’amélioration continue de l’attractivité de l’Allemagne comme pays de recherche. Promouvoir la coopération scientifique transdisciplinaire et internationale est également une priorité.

Les différents programmes d’actions de la DFG sont les suivants :

  • projets de recherche individuels,
  • centres de recherche coordonnée (Sonderforschungsbereich – SFB),
  • programmes prioritaires,
  • écoles doctorales,
  • centres de recherche.

Son budget total était de 2,69 Mds€ pour l’année 2013, dont 67% provenant de l’Etat fédéral et 33% des Länder. Sur le plan thématique, la DFG soutient toutes les disciplines dans quatre grands secteurs : sciences humaines et sociales (14,3%), sciences du vivant et médecine (38,7%), mathématiques et sciences de base (26%), sciences de l’ingénieur (21%). Enfin, la DFG est aussi une instance de conseil pour le gouvernement allemand.

Deux autres organismes jouent un rôle important dans le financement personnel des chercheurs, la Fondation Alexander von Humboldt et l’Office allemand des échanges académiques (Deutscher Akademischer Austauschdienst, DAAD) :

  • La Fondation Alexander von Humboldt dispose d’un budget annuel d’environ 115 M€ provenant pour moitié du BMBF et pour moitié du Ministère des affaires étrangères. Elle facilite des séjours de recherche de scientifiques étrangers (jeunes chercheurs et chercheurs de pointe) en Allemagne, et elle soutient les contacts scientifiques et culturels qui en résultent grâce à un important réseau d’anciens.
  • Le DAAD est la plus grande organisation au monde de soutien aux échanges internationaux d’étudiants et de chercheurs. En 2013, près de 120.000 récipiendaires ont été soutenus à travers différents programmes.

 

Structures de valorisation de la recherche

Le Ministère fédéral de l’économie et de la technologie (Bundesministerium für Wirtschaft und Technologie, BMWi) a établi en 2012 un concept pour le soutien à l’innovation intitulé « Envie de technique – oser la nouveauté, renforcer la croissance, façonner l’avenir« , qui complète la Stratégie High Tech. L’initiative vise à élargir la politique technologique du BMWi pour aboutir à une stratégie d’innovation globale. Elle a deux objectifs principaux. Le premier est d’augmenter le nombre d’entreprises qui font de la recherche et le nombre des entreprises innovantes en Allemagne (pour atteindre respectivement 40.000 et 140.000 entreprises). Le second est de renforcer d’ici à 2020 la place de l’Allemagne au sein du groupe de tête des pays les plus favorables à l’innovation, ainsi que son positionnement en tant que leader dans les exportations de technologie. Les mesures s’adressent à la société civile, aux entreprises, et à l’Etat lui-même. Elles sont réparties en trois domaines principaux :

  • La promotion de l’intérêt vis-à-vis de la technologie, par exemple à travers une baisse des conditions de revenus nécessaires pour les candidats à l’immigration dans les domaines où le besoin de main d’œuvre se fait particulièrement sentir, une offre de conseil destinée aux PME, ou encore un prix de l’innovation décerné pour la résolution d’un problème technique concret.
  • Des conditions générales plus favorables à l’innovation : nouvelles incitations pour les organismes de passation de marchés publics, construction d’un réseau énergétique intelligent, promotion d’une harmonisation mondiale des normes et régulations techniques, soutien au brevet européen, renforcement de la protection des données.
  • Des impulsions concrètes en faveur de l’innovation pour les entreprises. Une attention particulière sera portée aux PME, moteur de la croissance, et aux entrepreneurs inventifs. Celle-ci se traduit par un soutien aux Business Angels, un renforcement du Programme central d’innovation pour les PME (Zentrales Innovationsprogramm Mittelstand ou ZIM), et la promotion de clusters d’innovation, notamment au niveau de leurs interconnections à l’international.

D’autre part, l’Allemagne a mis en place une série de programmes et d’initiatives visant à faciliter le partenariat public-privé et le transfert technologique, tant au niveau fédéral (BMBF et BMWi) qu’au niveau régional, ou encore au sein des organismes de recherche. Voir la section VI ci-dessous.

 

Instances d’évaluation

Le Haut conseil allemand pour la recherche (Wissenschaftsrat) est une instance de conseil sur la politique scientifique en Allemagne. Il comprend 32 membres, représentants de la communauté scientifique ainsi que de l’Etat fédéral et des Länder.

Le Wissenschaftsrat conseille le gouvernement fédéral et les gouvernements des Länder sur toutes les questions de développement thématique ou structurel dans le domaine de la science, de la recherche et de l’enseignement supérieur. Contribuer à la sécurisation de la compétitivité de la science allemande dans le système de recherche national et européen fait également partie de ses tâches. Les recommandations du Wissenschaftsrat prennent en compte leur impact financier et les difficultés éventuelles dans leur réalisation, ainsi que le contexte social, culturel et économique. Elles concernent principalement deux domaines :

  • Les institutions scientifiques (universités, écoles supérieures, organismes de recherche extra-universitaires), en particulier pour tout ce qui touche leur structure, leur performance, leur développement et leur financement.
  • Les questions transversales sur le système de recherche allemand, certains aspects structurels de la recherche et de l’enseignement, et la planification, l’évaluation et le pilotage de domaines thématiques spécifiques.

Commission d’experts sur la recherche et l’innovation (EFI)

La Commission EFI conseille le gouvernement fédéral en matière de politique scientifique. Elle est composée de six experts allemands et internationaux issus de la sphère académique. La Commission EFI publie chaque année, depuis 2008, un rapport sur la recherche, l’innovation et les capacités technologiques de l’Allemagne. Les rapports fournissent une analyse complète des forces et des faiblesses du système d’innovation allemand, à l’aide d’une double comparaison, temporelle et internationale. Grâce à ses enquêtes actualisées, la Commission EFI évalue les perspectives de l’Allemagne en tant que pays de recherche et d’innovation. Elle propose des mesures d’optimisation pour la politique fédérale de recherche et d’innovation.

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Dernière modification : 23 février 2017