Sols et changement climatique : plus connectés qu’on ne le pense

Les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, nocives pour le climat ne découlent pas uniquement des rejets de l’industrie, du transport ou des ménages domestiques. Les sols sont également d’immenses réservoirs de carbone. Que les sols soient des sources de gaz à effet de serre dépend en grande partie de la stabilisation de la matière organique dans le sol.

Une équipe internationale de chercheurs à laquelle participe l’Université Leibniz de Hanovre (Basse-Saxe) s’est penchée sur le sujet, et ses résultats fournissent des prévisions plus précises des changements climatiques qui nous attendent : « Le rôle du sol n’était jusqu’à aujourd’hui pas suffisamment pris en compte dans les modèles climatiques mondiaux, du fait du manque de compréhension des processus sous-jacents », comme l’explique Georg Guggenberger, Directeur de l’Institut des sciences du sol. Georg Guggenberger et 13 autres scientifiques originaires d’Allemagne, de Suisse, des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d’Italie, de Norvège et d’Israël ont travaillé pendant deux ans sur ce thème et ont récemment publié un résumé de leur étude dans la revue « Nature ».

Jusqu’à présent, il y a toujours eu un obstacle majeur au développement de modèles climatiques réalistes. La science a toujours considéré comme mystérieuse la manière dont certaines molécules contenant du carbone sont rapidement dégradées dans le sol, tandis que d’autres persistent des siècles voire des millénaires. Cette question s’est retrouvée au coeur de la recherche des deux dernières années et les scientifiques ont fini par découvrir que le taux de dégradation de la matière organique dans le sol n’est pas, comme il était commun de le penser auparavant, uniquement dépendant de la structure moléculaire des composants organiques. Selon Georg Guggenberger, l’environnement du sol dans lequel la dégradation a lieu est beaucoup plus important. Différents facteurs peuvent influencer le processus de dégradation, par exemple, si la matière organique du sol est protégée par des minéraux ou différentes structures physiques. En outre, l’humidité du sol, la température ou le taux d’enracinement dans le sol peuvent également jouer un rôle important de même que la profondeur à laquelle le carbone est stocké. Les scientifiques ont étudié différents terrains, avec des processus chimiques et physiques divers, et sont désormais en mesure d’utiliser leurs résultats pour l’amélioration de modèles de prédiction qui apporteront des éclaircissements aux réactions et interactions existantes entre « sols » et « changements climatiques », « végétation » et « utilisation des terres ».

Grâce à cette recherche, des modèles plus précis pourraient permettre, entre autres choses, de mieux définir quels seront les effets du dégel du pergélisol [1] de l’Arctique sur le changement climatique. Les scientifiques savent que la fonte de ce sol se traduira par une libération importante de dioxyde de carbone, qui correspondrait à environ la moitié des gaz rejetés par les changements d’exploitation des sols tels que la déforestation. L’Institut des sciences du sol travaille actuellement à un projet international sur ce sujet.

[1] Sol (ou roche) qui se maintient à une température égale ou inférieur à 0°C pendant au moins deux ans.

 

 

Sources :

« Boden und Klimawandel: Zusammenhang ist größer als gedacht », dépêche idw, communiqué de presse de l’Université Leibniz de Hanovre – 27/02/2012 – http://idw-online.de/pages/en/news465153

 

Rédacteurs :

Myrina Meunier, myrina.meunier@diplomatie.gouv.fr – https://www.science-allemagne.fr