Selon la Société Fraunhofer, l’Allemagne peut passer à 100% d’énergies renouvelables d’ici 2050

La société Fraunhofer (FhG) est une des plus importantes institutions de recherche appliquée d’Allemagne et d’Europe. Elle fait partie, avec la société Max-Planck (MPG) et la communauté des centres Helmholtz, des principaux acteurs de la recherche extra-universitaire allemande. Lors d’une conférence de presse le 10 mai 2011 au siège de la société Fraunhofer à Munich, son président M. Hans-Jörg Bullinger a présenté le bilan financier de la société pour l’année 2010 et a exposé la politique et les grands chantiers en matière d’énergie pour le futur à l’horizon 2050.

 

La Société Fraunhofer est depuis plusieurs années déjà impliquée dans le développement des énergies nouvelles, et les récents évènements de Fukushima, qui ont influencé de manière considérable l’opinion publique et les gouvernements depuis quelques semaines, ne vont en revanche pas provoquer un bouleversement dans la politique de l’organisme de recherche. Ceux-ci pourraient en revanche accélérer les prévisions et études faites antérieurement à la catastrophe, en fonction des décisions politiques inhérentes.

 

Les énergies seront l’un des principaux enjeux de demain en matière de recherche et la FhG travaille d’ores et déjà à la restructuration du paysage énergétique allemand avec comme perspective les énergies renouvelables. Le président Bullinger précise notamment qu’environ 2.000 scientifiques travaillent à l’heure actuelle sur ce sujet à la FhG, répartis dans 16 divisions thématiques. Avec l’objectif ambitieux d’atteindre les 100% d’énergies renouvelables, les chercheurs de la Fraunhofer travaillent sur des concepts et des solutions pour les décennies à venir, en considérant les avancées technologiques des prochaines années, ainsi que la viabilité économique de tels scénarii.

 

Il résulte de ces études une conclusion claire : les énergies renouvelables sont économiquement viables. Eicke Weber, directeur de l’institut Fraunhofer pour l’énergie solaire de Fribourg (Bade-Wurtemberg), analyse ainsi les enjeux économiques actuels : “Pour pouvoir maintenir à l’avenir l’électricité, le chauffage et les transports à des prix abordables, nous devons utiliser l’énergie de manière plus efficace et exploiter davantage les énergies renouvelables”. L’étude portant le titre “Vision pour un système énergétique 100 pour cent renouvelable” [1] montre comment atteindre à l’horizon 2050 une production d’énergie fiable et économiquement viable uniquement avec des sources renouvelables en Allemagne, avec notamment un fort développement du solaire, de l’éolien, ainsi que des réseaux dits “intelligents” et des systèmes de stockage de l’énergie.

 

“Le chantier des énergies renouvelables va dans un premier temps engendrer des surcoûts. Ceux-ci atteindront leur maximum vers 2015 avec une somme d’environ 17 milliards d’euros. Cela correspond toutefois seulement à huit pour cent des dépenses globales pour l’énergie en Allemagne. Les coûts vont par la suite retomber. Dans la période de 2010 à 2050, considérant seulement les coûts dans les secteurs de l’électricité et du chauffage, 730 milliards d’euros peuvent être économisés” explique Prof. Jürgen Schmid, directeur de l’Institut Fraunhofer pour l’énergie éolienne de Kassel.

 

L’investissement dans le développement des énergies renouvelables aura inévitablement une répercussion sur le prix de l’électricité. Celui-ci devrait augmenter dans un premier temps de 11,5 ct/kWh aujourd’hui jusqu’à 13,1 ct/kWh en 2015, pour ensuite descendre continuellement jusqu’à 7,6 ct/kWh en 2030 puis 6,3 ct/kWh à l’horizon 2050 [1]. Cela impliquerait, selon ces estimations, que le courant provenant de sources renouvelables deviendrait économiquement plus rentable que les sources fossiles dès 2025.

 

L’autre retombée économique de la transition énergétique se fera ressentir au niveau de la création d’emplois. Les chercheurs prévoient qu’en 2020, près de 2,8 millions de travailleurs seront concernés par les énergies nouvelles dans l’Union européenne, soit une augmentation nette de 400.000 emplois pour l’économie de l’Union européenne [2]. L’Allemagne serait elle-même largement concernée par ces résultats, car d’après une étude du ministère pour l’environnement, la protection de la nature et de la sécurité nucléaire (BMU), 200.000 emplois supplémentaires seraient créés au niveau de l’Etat fédéral [3].

 

Les projets d'”après-demain” de la société Fraunhofer

 

La conférence de presse fut également l’occasion d’évoquer succinctement les ” marchés d’après-demain “, réponses aux défis du présent. Dans la continuité des stratégies développées les années précédentes, la Société Fraunhofer a analysé quels seront les défis cruciaux du futurs, pour retenir 5 projets ” d’après-demain ” sur lesquels travaillent les scientifiques :
1 – Skinheal : Heilende Haut in der Petrischale – De la peau curative en boite de pétri
2 – SteriHealth – für bessere Hygiene in der Medizin – Pour une meilleure hygiène dans la santé
3 – Supergrid: Strom effizient erzeugen, speichern und verteilen – Produire de l’électricité de manière efficiente, la stocker et la distribuer
4 – Hybride Stadtspeicher -Stockages d’énergie hybrides
5 – Perfekt getrennt – ressourcenschonend produziert. – Ménagement des resources

 

 

Pour en savoir plus, contacts :

  • Franz Miller, Responsable presse et relations publiques de la Fraunhofer Gesellschaft
  • [3] Rapport du ministère sur les énergies renouvelables – http://www.erneuerbare-energien.de/inhalt/36860/

Source :

Conférence de presse de la Fraunhofer du 10 mai 2011

Rédacteur :

Bastien Gailleton, bfhz@lrz.tu-muenchen.de – https://www.science-allemagne.fr/