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Workshop sur le potentiel de recyclage des métaux stratégiques à Berlin

Le ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie (BMWi) et la Fédération de l’industrie allemande (BDI) ont organisé le 21 septembre 2015 un workshop sur la thématique : “Le potentiel de recyclage des métaux stratégiques et d’autres matériaux critiques pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières” [1].


Le ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie (BMWi) et la Fédération de l’industrie allemande (BDI) ont organisé le 21 septembre 2015 un workshop sur la thématique : “Le potentiel de recyclage des métaux stratégiques et d’autres matériaux critiques pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières” [1].

 

Mme Iris Gleicke, secrétaire d’État au BMWi, a ouvert la journée en rappelant que l’Allemagne dépend entièrement des importations pour son approvisionnement en métaux stratégiques tandis que ceux-ci sont recyclés à moins de 1% en fin de vie. Une réforme de la loi est envisagée pour favoriser le développement du recyclage de ces métaux et ainsi diminuer le recours aux importations. M. Holger Lösch, membre du directoire du BDI, a abordé le projet de l’industrie 4.0. La digitalisation de l’industrie nécessite une quantité croissante de métaux stratégiques difficilement substituables. Ainsi, a-t-il aussi appelé à la mise en place d’une économie circulaire au niveau européen.

 

Des solutions techniques…

 

Mme Asja Mrotzek-Blöß de l’Institut Fraunhofer des technologies de l’environnement, de la sécurité et de l’énergie (UMSICHT) d’Oberhausen (Rhénanie du Nord-Westphalie) a présenté une étude de son institut sur la thématique du jour. Celle-ci a identifié 20 métaux critiques, dont cinq particulièrement vitaux pour l’industrie allemande, avec un taux de recyclage faible (<1%) et une haute volatilité des prix : l’indium (In), le germanium (Ge), le gallium (Ga), le néodyme (Nd) et le Dysprosium (Dy). Depuis 2008, la recherche s’active dans le domaine du recyclage et de nombreuses publications ont vu le jour, tandis que le nombre de brevets déposés a explosé. Cependant le niveau de maturité technologique est encore faible : 98% des publications évoquent des procédés se situant aux niveaux 1 à 4 de l’échelle TRL [3]. L’étude conclut ainsi par plusieurs recommandations :

 

  • Intensifier les recherches sur le recyclage du Germanium (particulièrement critique) et les procédés pyrométallurgiques ;
  • Subventionner des installations pilotes pour faire monter en maturité les procédés ;
  • Développer le recyclage en fin de vie en abordant les questions de logistique, de compétence et de formation.

 

Mme Anja Degenhardt a présenté les différents programmes de soutien à la recherche du ministère fédéral de la Recherche (BMBF). Le programme r3 a permis d’injecter 30 Mio. € de fonds publics, complétés par 12 Mio. € provenant de l’industrie, dans le développement de procédé de recyclage et de substitution. Le nouvel appel d’offre r4 distribuera 55 Mio. € pour des projets sur la préparation des matières premières. Enfin, le projet r+impuls cherche à soutenir le transfert technologique vers l’industrie de procédés développés en laboratoire et nécessitant des investissements plus lourds.

 

  1. Alexander Janz du ministère fédéral de l’Environnement (BMUB) a présenté les programmes de son ministère et l’Agence fédérale de l’environnement (UBA). Dans le cadre du projet RePro, le potentiel de recyclage des différents éléments présents dans les appareils électroniques à l’horizon 2020 a été estimé. D’autres projets sont aussi en cours de leur côté : sur les possibilités de substitutions des métaux stratégiques, sur la séparation et le tri des pièces avant recyclage ou encore sur l’identification et la cartographie des gisements “anthropogènes” en Allemagne.

 

La première table ronde a abordé la question de la rentabilité du recyclage dans un contexte de forte volatilité des prix. Une meilleure disponibilité des gisements pourrait permettre de faire baisser les coûts du recyclage. Cela pourrait se faire par un étiquetage numérique des produits indiquant leur contenu en matières premières. Cela pourrait permettre d’améliorer la logistique et la localisation des gisements et rendrait possible l’étude du nombre d’installations de recyclage nécessaire au niveau européen et d’ainsi optimiser les coûts.

 

… et politiques

 

  1. Helmut Maurer, de la DG environnement de la Commission européenne, a relevé que l’Union européenne dans son ensemble importait 1 384 Millions de tonnes de matières premières par an (contre 200 Mt à l’export). Pour diminuer ce déficit commercial, la Commission européenne souhaite mettre l’accent sur le recyclage et la sobriété en matières premières dans le cadre de l’économie circulaire. Cela passe en particulier par la lutte contre l’obsolescence programmée.

 

Au cours de la seconde table ronde, les intervenants ont mis en avant l’importance de concevoir en amont des produits responsables pour limiter la quantité de déchets. L’économie de la fonctionnalité a été évoquée comme une solution pour améliorer la qualité des produits tout en diminuant les déchets. Le recyclage, s’il est nécessaire, ne doit pas être une fin en soi : les filières de réparation et de récupération doivent avoir la priorité. Ainsi les quotas de recyclage sont pointés du doigt comme une fausse bonne solution qui risque de ne pas résoudre la source du problème : la quantité trop importante de déchets et de produits à usage court.

 

 

[1] En allemand : “Recyclingpotenzial von Technologiemetallen und anderen kritischen Rohstoffen als wichtige Säule der Rohstoffversorgung”

 

[2] Sur la thématique de l’industrie 4.0, voir par exemple : “Industrie 4.0 : l’Allemagne se voit comme un principal fournisseur de solutions”, Science Allemagne, 10/03/2015 – https://www.science-allemagne.fr/fr/actualites/technologies-de-linformation-et-de-la-communication-tic/focus-industrie-4-0-lallemagne-se-voit-comme-un-principal-fournisseur-de-solutions/

 

[3] De l’anglais “Technology readiness levels”, échelle de mesure de la maturité technologique allant de 1 à 9 proposée par la commission européenne pour Horizon 2020. Voir (en anglais) : http://ec.europa.eu/research/participants/data/ref/h2020/wp/2014_2015/annexes/h2020-wp1415-annex-g-trl_en.pdf

 

Plus d’informations :

 

Source :

 

Rédacteur : Sean Vavasseur, sean.vavasseur[at]diplomatie.gouv.fr – www.science-allemagne.fr