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“La France est un pays qui fait preuve d’un engagement et d’une tradition forts en matière d’accueil de nombreuses cultures différentes, d’une manière presque unique au monde “

Arturo Romero Carnicero

Bénéficiaire de la bourse Technologie d’avenir 2025

 

Le Service pour la science et la technologie de l’Ambassade de France en Allemagne lance en octobre 2026 sa galerie de portraits intitulée La Fabrique de la recherche franco-allemande.

Cette série entre dans les coulisses de la coopération scientifique franco-allemande, à travers le regard de jeunes chercheuses et chercheurs affiliés en Allemagne, qui ont effectué un séjour de recherche en France.

Avec Technologies d’avenir, le Service pour la science et la technologie et le Bureau de la coopération universitaire de l’Ambassade de France en Allemagne soutiennent la mobilité vers la France de jeunes chercheuses et chercheurs dont les travaux de recherche s’inscrivent dans les domaines prioritaires du Traite d’Aix-la-Chapelle en lien avec les nouvelles technologies.

Lancée en 2025, la première édition de cette nouvelle bourse de mobilité a donné l’occasion au Dr. Arturo Romero Carnicero, postdoctorant en urbanisme et architecture du paysage au Karlsruhe Institute of Technology (KIT) – situé dans le Land du Bade-Wurtemberg – de financer en partie un séjour de recherche à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles (ENSP Versailles).

 


 

Pourriez-vous brièvement nous présenter votre projet « Documentation pour un Micro-Atlas de futurs spéculatives pour des infrastructures viaires vertes vers l’Ecocène » ?

Mon projet examine les rues urbaines contemporaines comme des laboratoires actifs d’une transition écologique en cours, à la fois urgente et profondément ancrée dans l’imaginaire collectif. Un siècle après les boulevards végétalisés d’Adolphe Alphand à Paris, le pays est confronté à une nouvelle phase de transformation urbaine, cette fois-ci portée directement par ses habitants.

À la suite d’un vote populaire organisé par les autorités municipales, un mandat clair s’est dégagé : la transformation de 500 rues par la plantation d’arbres, d’arbustes et d’autres formes de nature urbaine résiliente. Ces interventions à grande échelle représentent une opportunité majeure, mais nécessitent également une approche analytique renouvelée pour la sélection des rues appropriées.

Pour répondre à cet enjeu, le projet mobilise les systèmes d’information géographique (SIG) comme outil d’aide à la décision, en intégrant toute une série de paramètres pour guider et éclairer le processus de sélection. La méthodologie repose sur la collecte et l’analyse croisée de sources de données hétérogènes, notamment des archives historiques, des données géographiques et des mégadonnées issues des réseaux sociaux

 

Pourquoi avez-vous choisi d’effectuer vos travaux de recherches à l’ENSP Versailles ?

En tant qu’architecte menant des recherches en architecture du paysage, il était essentiel de découvrir une institution qui a historiquement été à la pointe de la pédagogie et de la recherche dans cette discipline. Il était donc pour moi intéressant de découvrir les approches de recherche du Laboratoire de Recherche de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage (LAREP), ainsi que d’échanger sur les axes de travail spécifiques de chaque chercheur.

De plus, le projet porte sur les rues de Paris, et plusieurs professionnels pouvaient m’accompagner dans les premières étapes de la phase de documentation. Par ailleurs, le « Centre de documentation » de l’établissement disposait d’importants fonds bibliographiques et cartographiques que j’ai pu étudier en profondeur. 

 

Selon vous, quelle a été la valeur ajoutée de votre séjour de recherche pour la coopération entre votre établissement d’origine et l’ENSP Versailles ?

Tout d’abord, ces deux institutions partagent un intérêt commun pour l’architecture du paysage, bien qu’elles proviennent de disciplines différentes, l’une issue de l’architecture et l’autre de l’aménagement paysager. Ensuite, aucun échange n’avait encore eu lieu avec cette institution, et de nouvelles coopérations pourraient voir le jour à l’avenir grâce à ce séjour de recherche.

Par ailleurs, au cours de ce séjour, de nombreuses possibilités de coopération ont été explorées, notamment lors de rencontres avec des collègues de plusieurs institutions internationales, telles que l’UCLouvain. En effet, l’ENSP de Versailles entame une collaboration avec cette dernière grâce à ma médiation. 

 

Pourquoi avoir choisi la France et pas un autre pays ?

Depuis plus de 15 ans, je suis proche de la culture française ou francophone. J’ai d’abord vécu quelques années en Suisse romande, puis au Canada francophone, et enfin en Allemagne, à 20 km de la frontière française. De là, j’ai travaillé, étudié et mené des recherches dans plusieurs villes françaises.

Cette position particulière, celle d’« agent extérieur », mais aussi d’« acteur collaboratif », a été une source d’enrichissement considérable pendant toutes ces années. Il existe un certain degré de proximité culturelle qui est à la fois attrayant et enchanteur, tout en offrant toujours quelque chose de nouveau à découvrir.

Enfin, la France est un pays qui fait preuve d’un engagement et d’une tradition forts en matière d’accueil de nombreuses cultures différentes, d’une manière presque unique au monde 

 

Que représente pour vous la coopération franco-allemande à l’issue de votre séjour en France ?

Après avoir coordonné pendant plus de sept ans un double master franco-allemand entre le KIT et l’ENSAS Strasbourg, je suis profondément engagé dans la coopération internationale. Ma thèse, réalisée en cotutelle internationale entre ces deux deux institutions de recherche, a constitué une première étape dans la coopération scientifique franco-allemande.

Cette bourse a permis de poser les bases de nombreuses coopérations futures au niveau postdoctoral, dans lesquelles les alliances internationales sont essentielles à la réalisation de projets de recherche. Ce séjour de recherche a été déterminant pour me permettre de découvrir cette autre dimension de la coopération.

Comprendre les différences entre un laboratoire de recherche français et une unité de recherche allemande est également essentiel dans la perspective de futurs projets. Les différences organisationnelles sont en effet considérables et doivent être prises en compte afin de parvenir à une collaboration efficace et à des résultats de qualité. 

 

Quelles sont vos perspectives maintenant ?

Je suis actuellement en pourparlers pour devenir chercheur associé au sein du LAREP, où j’aimerais m’impliquer activement dans les années à venir. Ainsi, le 21 janvier 2026, je présenterai ma thèse devant l’ensemble du laboratoire lors d’un des séminaires réguliers du laboratoire, ce qui sera également l’occasion d’officialiser mon engagement en tant que chercheur associé.

Ce séjour a aussi permis d’établir d’autres contacts avec d’autres universités françaises, comme celle de Rouen. Ayant constaté d’importantes synergies avec le projet Helios, qui étudie les îlots de chaleur dans les villes françaises, de futures collaborations ont été évoquées et plusieurs réunions en 2026 sont déjà inscrites à l’ordre du jour et la possibilité de lancer ensemble un futur projet de recherche semble envisageable.

Par ailleurs, plusieurs chercheurs du LAREP ont facilité la prise de contact avec l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), l’une des agences de cartographie les plus influentes de Paris. Les échanges avec l’APUR ont permis d’entamer des discussions en vue de mettre en place un partenariat dans le cadre duquel nos étudiants de master pourraient développer des cartographies spéculatives en collaboration avec cette agence. Cette forme de recherche liée à des formats pédagogiques devra être développée au cours des prochains semestres. 

 

A noter : Arturo Romero est depuis janvier 2026 chercheur associé à LAREP.

 

Tous nos remerciement à Arturo Romero Carnicero pour la relecture et la validation de cette interview, réalisée à partir du rapport de mobilité.  

Traduction et mise en forme : Lorane Juhel