Dr. Aude Remot est directrice de recherche en immunologie à l’INRAE (Tours, France) et la Pr. Dr. Anca Dorhoi est vétérinaire et directrice du département d’immunologie à l’Institut Friedrich-Loeffler (Greifswald, Allemagne). Soutenues par le PHC Procope, elles ont développé avec leurs équipes un modèle inédit pour étudier la tuberculose bovine. Une maladie « One Health » par excellence, rappellent les deux chercheuses – à la frontière entre santé animale, santé humaine et santé environnementale – mais qui reste méconnue, à l’origine d’abattages obligatoires de troupeaux entiers et de lourdes conséquences économiques pour les filières d’exportation.
La France et l’Allemagne, pays pionniers en matière de recherche sur la tuberculose
Pour les deux chercheuses, leurs travaux respectifs et communs s’inscrivent dans l’héritage scientifique d’Albert Calmette, Camille Guérin et Robert Koch, trois chercheurs pionniers de la recherche sur la tuberculose
« Nous nous appuyons sur les épaules de géants, particulièrement importants pour la tuberculose en Allemagne comme en France. […] Les coopérations franco-allemandes dans ce domaine ne datent pas d’hier, et les résultats sont là pour le confirmer » Anca Dorhoi
Une coopération initiée en période de Covid-19
C’est à la veille de la pandémie du Covid-19, à Dublin, lors d’un congrès sur la tuberculose, qu’Aude Remot et Anca Dorhoi se rencontrent. Malgré l’absence d’un travail de terrain préliminaire en période de confinement, elles décident de débuter une collaboration scientifique. Convaincues par le potentiel de leur binôme, elles se lancent dans la rédaction à distance d’une revue scientifique sur le tri des neutrophiles
« Nous sommes deux équipes d’immunologie solides en Europe, et nous travaillons sur la même maladie. Nous devions faire quelque chose ensemble. » Aude Remot
Cette intuition se concrétise grâce à une opportunité :
En 2022, Aude obtient un financement de l’ANR fléché « Jeunes chercheuses – Jeunes chercheurs », avec l’équipe d’Anca Dorhoi comme partenaire.
Puis en 2025-2026, le programme PHC Procope permet d’organiser les mobilités des équipes de recherche françaises et allemandes, plus spécifiquement des jeunes chercheuses et chercheuses.
La complémentarité comme atout de leur duo scientifique
Le projet “Understanding of Mycobacterium bovis granuloma formation and trajectories” est né du constat que les deux chercheuses s’intéressent aux mêmes types cellulaires constitutives du système immunitaire bovin – les macrophages et les neutrophiles – tout en disposant d’outils et d’accès expérimentaux très différents.
En France, Aude Remot travaille à partir de souches de Mycobacterium bovis obtenues en collaboration avec le laboratoire national de référence à l’ANSES, et des poumons de bovins prélevés directement en abattoir post-mortem. Elle mobilise notamment des approches de transcriptomique¹, qui permettent d’analyser la réponse du système immunitaire bovin à la bactérie a aussi conduit des analyses qui ont permis d’identifier deux sous-populations inédites de neutrophiles, et questionne leur implication dans le développement de la tuberculose bovine.
En Allemagne, Anca Dorhoi s’appuie sur un modèle unique de granulome² in vitro. Celui-ci permet de reproduire en trois dimensions la réaction inflammatoire de cellules du système immunitaire bovin en réduisant l’expérimentation animale. Pour ce faire, l’équipe de recherche allemande dispose d’une plateforme de microscopie à haut contenu ainsi que d’une infrastructure BSL-3³ indispensable pour étudier des souches pathogènes réelles.
La mobilité des doctorantes comme moteur de la coopération
Le projet n’aurait pu avancer sans les séjours de recherche des jeunes chercheuses au sein des deux équipes de recherche. Maïa Saint-Vanne, doctorante à l’INRAE, a focalisé ses travaux sur le rôle des neutrophiles dans le contrôle de la tuberculose bovine tandis que Gesa Krueger, doctorante au Friedrich-Loeffler Institut, s’est spécialisée dans la maîtrise du modèle de granulome in vitro en 3D et le rôle des macrophages. Toutes deux au même stade d’avancement dans leur thèse, elles ont bénéficié mutuellement de leur expertise, ainsi que de celle de l’équipe partenaire lors de leurs séjours de recherche respectifs (2 semaines au FLI pour Maïa Saint-Vanne et 6 semaines à l’INRAE pour Gesa Krueger)
« En tant que jeune chercheur, cela m’a donné beaucoup de confiance de savoir que nous bénéficiions d’un soutien aussi important, car c’étaient nous qui étions sous les projecteurs, ceux qui devaient, ou qui voulaient, travailler en laboratoire. Nous avons reçu le soutien de nos superviseurs et des personnes qui nous fournissaient les ressources nécessaires. Dès le début, il était clair que l’on attendait de nous que nous contribuions avec nos idées et que nous exprimions ce que nous souhaitions faire dans le laboratoire ». Gesa Krueger
La mobilité des doctorantes a été bien plus qu’un simple échange technique. Elle a permis aux équipes de confronter leurs approches scientifiques, mais de créer des liens au-delà du laboratoire, notamment lors d’une visite de cave à vin dans la Loire. C’est aussi un échange qui leur a donner à voir de manière concrète les différences entre les deux instituts.
« J’ai été surprise des différences au niveau de l’organisation des laboratoires : les différents espaces de travail sont physiquement séparés, avec un bâtiment entièrement dédié aux activités expérimentales et un autre réservé aux bureaux. Chez nous, les bureaux et les labos se trouvent dans le même couloir ! J’ai aussi été impressionnée par la riche histoire de l’institut. » Maïa Saint-Vanne.
Une amitié scientifique florissante
Enfin, si un tel projet scientifique n’aurait pu voir le jour sans l’aide financière du PHC Procope, Aude et Anca soulignent également un autre élément essentiel à la réussite de leur collaboration : la confiance mutuelle.
« On peut vraiment se faire confiance. Nous n’avons pas eu besoin de formaliser chaque étape par de nombreux documents. Nous sommes à l’aise pour échanger, nous nous faisons confiance et plaçons véritablement la science au premier plan. Cette confiance s’est construite très naturellement entre tous les membres de nos deux laboratoires. Et c’est essentiel dans une collaboration franco-allemande : il faut d’abord pouvoir se faire confiance. » Aude Remot
Fortes des résultats obtenus grâce au PHC Procope, Aude et Anca ont déposé une demande de financement ANR-DFG pour un nouveau projet et espèrent ainsi pouvoir continuer leurs recherches collaboratives pour les prochaines années !
1. La transcriptomique : discipline qui étudie l’ensemble des ARN messagers (ARNm) produits par les gènes d’une cellule ou d’un tissu à un moment donné. C’est une photo instantanée de l’activité génétique. Source : https://institutducerveau.org/lexique/transcriptomique
2. Les granulomes : petits amas de macrophages et d’autres cellules immunitaires qui se forment sur le tissu en réponse à une inflammation.
3. BSL-3 : correspond au niveau de biosécurité (ie haute sécurité) du laboratoire dans lequel sont manipulés et analysés des agents pathogènes dangereux. Source : qualia-bio
Artikel auf Deutsch
Dr. Aude Remot ist Forschungsleiterin im Bereich Immunologie am INRAE (Tours, Frankreich), und Professorin Dr. Anca Dorhoi ist Tierärztin und Leiterin der Abteilung für Immunologie am Friedrich-Loeffler-Institut (Greifswald, Deutschland). Mit Unterstützung des PHC Procope-Programms haben sie und ihre Teams ein neuartiges Modell zur Untersuchung der Rinder-Tuberkulose entwickelt. Die beiden Forscherinnen betonen, dass es sich um eine Krankheit handelt, die das Konzept der “One Health” – an der Schnittstelle von Tiergesundheit, menschlicher Gesundheit und Umweltgesundheit – hervorragend veranschaulicht, aber dennoch schlecht verstanden ist, was zu obligatorischen Tötungen ganzer Herden und erheblichen wirtschaftlichen Folgen für Exportindustrien führt.
Frankreich und Deutschland sind führende Länder in der Tuberkuloseforschung
Für beide Forscher basiert ihre jeweilige und gemeinschaftliche Arbeit auf dem wissenschaftlichen Erbe von Albert Calmette, Camille Guérin und Robert Koch, drei bahnbrechenden Forschern auf dem Gebiet der Tuberkuloseforschung.
“Wir bauen auf den Leistungen von Pionieren auf, was insbesondere für die Tuberkuloseforschung in Deutschland und Frankreich von großer Bedeutung ist. […] Die deutsch-französische Zusammenarbeit in diesem Bereich hat eine lange Tradition, und die Ergebnisse sprechen für sich.” – Anca Dorhoi
Eine Zusammenarbeit, die während der COVID-19-Pandemie begann
Es war kurz vor der COVID-19-Pandemie, in Dublin, auf einer Konferenz über Tuberkulose, wo Aude Remot und Anca Dorhoi sich kennenlernten. Trotz fehlender Vorarbeiten vor Ort während des Lockdowns beschlossen sie, eine wissenschaftliche Zusammenarbeit zu beginnen. Überzeugt von dem Potenzial ihrer Partnerschaft, begannen sie, einen wissenschaftlichen Übersichtsartikel zu verfassen, wobei sie sich auf die Sortierung von Neutrophilen konzentrierten.
“Wir sind zwei starke Forschungsgruppen im Bereich der Immunologie in Europa, und wir arbeiten an derselben Krankheit. Wir mussten etwas gemeinsam tun.” – Aude Remot
Diese Intuition wird dank einer Gelegenheit Realität:
Im Jahr 2022 erhielt Aude eine Förderung von der französischen nationalen Forschungsagentur (ANR) im Rahmen des Programms “Junge Forscher”, wobei das Team von Anca Dorhoi als Partner beteiligt war.
Im Zeitraum 2025-2026 wird das PHC Procope-Programm die Mobilität von Forschungsteams aus Frankreich und Deutschland fördern, wobei ein besonderer Schwerpunkt auf jungen Forschern liegt.
Die Ergänzungsfähigkeit ihrer wissenschaftlichen Partnerschaft ist ein wesentlicher Vorteil
Das Projekt “Verständnis der Granulombildung und Entwicklungsprozesse von Mycobacterium bovis” entstand aus der Beobachtung, dass beide Forscher an denselben Zelltypen interessiert waren, die das Immunsystem von Kühen bilden – nämlich Makrophagen und Neutrophile –, obwohl sie über sehr unterschiedliche experimentelle Methoden und Ressourcen verfügten.
In Frankreich arbeitet Aude Remot mit Stämmen von Mycobacterium bovis, die in Zusammenarbeit mit dem nationalen Referenzlabor von ANSES gewonnen wurden, sowie mit Lungengewebe von Kühen, das direkt in Schlachthöfen nach der Tötung der Tiere entnommen wird. Sie verwendet Techniken wie die Transkriptomik¹, die die Analyse der Reaktion des Immunsystems von Kühen auf die Bakterien ermöglicht. Sie hat auch Analysen durchgeführt, die zwei bisher unbekannte Subpopulationen von Neutrophilen identifiziert haben, und untersucht deren Rolle bei der Entwicklung der Rinder-Tuberkulose.
In Deutschland nutzt Anca Dorhoi ein einzigartiges In-vitro-Granulom-Modell². Dieses Modell ermöglicht die dreidimensionale Nachbildung der Entzündungsreaktion von Immunzellen von Kühen, wodurch der Bedarf an Tierversuchen reduziert wird. Um dies zu erreichen, verfügt das deutsche Forschungsteam über eine hochdurchsatzfähige Mikroskopieplattform sowie eine BSL-3-Infrastruktur³, die für die Untersuchung von echten pathogenen Stämmen unerlässlich ist.
Mobilität für Doktoranden als Motor für die Zusammenarbeit
Das Projekt hätte ohne die Forschungsaufenthalte junger Forscher in beiden Forschungsteams nicht Fortschritte machen können. Maïa Saint-Vanne, eine Doktorandin am INRAE, konzentrierte ihre Arbeit auf die Rolle von Neutrophilen bei der Bekämpfung der Rinder-Tuberkulose, während Gesa Krueger, eine Doktorandin am Friedrich-Loeffler-Institut, sich auf die Kontrolle des in-vitro-3D-Granulommodells und die Rolle von Makrophagen spezialisierte. Beide befanden sich in einem ähnlichen Stadium ihrer Promotion und profitierten gegenseitig von der Expertise des jeweils anderen, sowie von der des Partnerteams während ihrer jeweiligen Forschungsaufenthalte (2 Wochen am FLI für Maïa Saint-Vanne und 6 Wochen am INRAE für Gesa Krueger).
“Als junge Forscherin gab es mir viel Sicherheit zu wissen, dass wir so starke Unterstützung hatten, weil wir im Mittelpunkt standen, wir waren diejenigen, die in der Forschung tätig sein sollten oder wollten. Wir erhielten Unterstützung von unseren Betreuern und denjenigen, die uns die notwendigen Ressourcen zur Verfügung stellten. Von Anfang an war klar, dass wir erwartet wurden, mit unseren Ideen beizutragen und auszudrücken, was wir im Labor machen wollten.” – Gesa Krueger.
Das Mobilitätsprogramm für Doktoranden war mehr als nur ein technischer Austausch. Es ermöglichte den Teams, ihre wissenschaftlichen Ansätze zu vergleichen, aber auch, Kontakte außerhalb des Labors zu knüpfen, insbesondere während eines Besuchs eines Weinguts im Loiretal. Es war auch ein Austausch, der ihnen ein konkretes Verständnis für die Unterschiede zwischen den beiden Institutionen vermittelte.
“Ich war überrascht von den Unterschieden in der Organisation der Labore: Die verschiedenen Arbeitsbereiche sind physisch getrennt, wobei ein Gebäude ausschließlich für experimentelle Arbeiten vorgesehen ist und ein anderes für Büros. Bei uns befinden sich die Büros und Labore im selben Flur! Ich war auch von der reichen Geschichte des Instituts beeindruckt.” – Maïa Saint-Vanne.
Eine blühende wissenschaftliche Freundschaft
Abschließend betonen Aude und Anca, dass dieses wissenschaftliche Projekt ohne die finanzielle Unterstützung des PHC Procope-Programms nicht möglich gewesen wäre. Sie heben auch einen weiteren entscheidenden Faktor für den Erfolg ihrer Zusammenarbeit hervor: gegenseitiges Vertrauen.
“Wir können uns wirklich aufeinander verlassen. Wir mussten nicht jeden Schritt mit zahlreichen Dokumenten formalisieren. Wir fühlen uns wohl bei der Kommunikation, wir vertrauen einander und legen großen Wert auf wissenschaftliche Genauigkeit. Dieses Vertrauen hat sich auf natürliche Weise zwischen allen Mitgliedern unserer beiden Laboratorien entwickelt. Und das ist in einer deutsch-französischen Zusammenarbeit unerlässlich: Man muss sich erst einmal gegenseitig vertrauen können.” – Aude Remot.
Aufbauend auf den erfolgreichen Ergebnissen, die im Rahmen des PHC Procope-Programms erzielt wurden, haben Aude und Anca einen Antrag auf Fördermittel bei der ANR-DFG für ein neues Projekt eingereicht, und sie hoffen, ihre gemeinsame Forschung in den kommenden Jahren fortsetzen zu können!
1. Die Transkriptomik: Ein Fachgebiet, das sich mit der Gesamtheit der Boten-RNAs (mRNA) befasst, die zu einem bestimmten Zeitpunkt von den Genen einer Zelle oder eines Gewebes produziert werden. Sie liefert eine Momentaufnahme der genetischen Aktivität. Quelle: https://institutducerveau.org/lexique/transcriptomique
2. Granulome: kleine Ansammlungen von Makrophagen und anderen Immunzellen, die sich als Reaktion auf eine Entzündung im Gewebe bilden.
3. BSL-3: Bezeichnet die Biosicherheitsstufe (d. h. hohe Sicherheit) des Labors, in dem gefährliche Krankheitserreger gehandhabt und untersucht werden. Quelle: qualia-bio
Découvrez le portrait de Gesa Krueger, réalisé à l’occasion du 40ème anniversaire du programme PHC Procope / PPP Frankreich
Entdecken Sie das Porträt von Gesa Krueger, das anlässlich des 40-jährigen Jubiläums des PHC-Programms Procope / PPP France erstellt wurde: https://www.science-allemagne.fr/portraits/31822/
Entretien et rédaction : Julie Le Gall, Marie-Léa Rousseau et Lorane Juhel, le 15 juillet 2026.
Mise à jour : 14 octobre 2026





