L’impact environnemental réel de la bioénergie sans gestion efficace des terres

Ils mettent l’accent sur le bilan des émissions de gaz à effet de serre qui est, de manière incorrecte, postulé comme neutre : le CO2 relâché lors de la méthanisation de la biomasse puis de sa combustion sous forme de biogaz est bien égal à celui absorbé par photosynthèse au cours du cycle de vie des plantes. Néanmoins ce constat est à nuancer par le rejet d’autres gaz, tels que le protoxyde d’azote et le méthane, qui ont un impact respectivement 256 et 28 fois supérieur au CO2 en termes d’effet de serre. Par ailleurs, la production de plantes énergétiques nécessite l’emploi d’engrais qui doivent aussi être pris en compte dans le bilan carbone. Enfin, selon une approche purement énergétique, le rendement de la bioénergie produite à partir de la photosynthèse par rapport à l’énergie solaire irradié est uniquement de 0,6%, tandis qu’un panneau photovoltaïque peut atteindre un rapport de 30% entre l’énergie solaire reçue et l’énergie électrique produite.

Dans une perspective d’intensification de la production de la biomasse, que ce soit issue des forêts ou de plantes énergétiques, il est nécessaire de développer une agriculture durable limitant le recours aux engrais azotés pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, l’expansion de ces cultures ne doit pas se faire au détriment d’autres surfaces essentielles comme c’est le cas actuellement avec une mise en concurrence des utilisations des sols (production de bois, alimentation, urbanisation…). En cause aussi, le risque de désertification et d’affaiblissement des rendements des sols en cas d’exploitation mal planifiée. Les chercheurs ont ainsi estimé qu’avec les modes de fonctionnement actuels, il faudrait 6 à 7 fois plus de terres que celles disponibles à la surface du globe pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique tout en nourrissant la population humaine.

La solution résiderait dans un management intégré des terroirs qui prendrait en compte, à une échelle supérieure, les besoins humains et les spécificités des sols afin de tirer de chacun d’eux le meilleur rendement possible, selon une approche durable et respectueuse de l’environnement. Cette gestion des sols doit devenir de plus en plus importante dans les années à venir, en particulier dans les régions tropicales les plus vulnérables face aux changements climatiques.

Pour en savoir plus, contacts :

Dr. Ernst-Detlef Schulze – Institut Max-Planck de Biogéochimie, Iéna – tél. : +49 3641 576100 – email :dschulze@bgc-jena.mpg.de

Sources :

« Zu wenig Land in Sicht! », communiqué de presse de la Société Max Planck, Iéna – 19/11/2014 – http://www.mpg.de/8764409/klima-klimaschutz-bioenergie

Rédacteurs :

Sean Vavasseur, sean.vavasseur@diplomatie.gouv.frhttps://www.science-allemagne.fr